Pendant une semaine, le professeur Julien Wegrzyn a partagé son expérience avec les équipes du CMC de Kaya, au Burkina Faso. Pour le chirurgien du CHUV, cette mission ne consistait pas seulement à opérer : elle visait à transmettre, à renforcer les compétences locales et, en retour, à apprendre d’une autre manière de soigner.
Le large portail s’ouvre sur une rue fréquentée de Kaya. Derrière, les murs de pierre rouge du Centre médico-chirurgical (CMC) de Morija se détachent sous un soleil matinal déjà intense. De grandes fenêtres rondes, des arches et des espaces ombragés donnent au bâtiment en voûte nubienne une allure singulière, tandis qu’aux heures les plus chaudes, la chaleur reste contenue par les épais murs de terre.
Au Centre, l’activité commence tôt : patients, accompagnants et soignants se croisent dans les différents services. Le bloc opératoire connaît son propre rythme, guidé par son programme opératoire quotidien. Dans ce bâtiment, la majorité du matériel de pointe a été acheminé depuis la Suisse. Chacun y a un rôle bien défini et joue sa propre partition.
C’est dans ce cadre que le professeur Julien Wegrzyn, chef du Service de chirurgie orthopédique et de traumatologie au CHUV à Lausanne, a passé une semaine au Centre de Kaya. Une mission particulière : la première mission chirurgicale internationale depuis 2021, après l’interruption liée à la pandémie et au contexte sécuritaire.
Partager, plutôt que se substituer
Aux côtés du professeur Wegrzyn, le Dr Christian Nezien, chirurgien orthopédiste responsable du bloc, a pris en charge plusieurs patients présentant des situations complexes : mauvais développement de la hanche, séquelles liées à des accidents, maladies ou encore arthrose du genou.
« La mission s’est déroulée dans un climat très positif, constructif et convivial », raconte-t-il. Les échanges ont porté sur les techniques opératoires, mais aussi sur la préparation des interventions et les décisions prises avant même d’entrer au bloc.
Pour le Dr Nezien, l’un des apports les plus précieux concerne la chirurgie prothétique du genou. Il a notamment approfondi la planification préopératoire, l’instrumentation et la technique de pose d’une prothèse totale du genou. Il a également appris de nouvelles façons de prendre en charge les hanches difficiles, notamment lorsqu’elles présentent d’importantes déformations.
« Désormais, nous pouvons réaliser de façon autonome une prothèse primaire totale du genou et mieux prendre en charge certaines hanches complexes », explique-t-il.
C’est là que prend tout son sens le transfert de compétences. « Ce n’est pas seulement un apprentissage technique, estime le Dr Nezien. C’est un processus où les connaissances deviennent intégrées dans la pratique quotidienne de l’équipe. »
Derrière chaque intervention, une histoire de vie
Car derrière les techniques et les instruments, il y a des personnes. Des patients qui arrivent parfois après des années de souffrance et avec des possibilités de soins très limitées.
Adama Sawadogo, 34 ans, est arrivée au CMC atteinte de tuberculose osseuse. Elle ne marchait plus et ne croyait plus pouvoir retrouver son autonomie. Après sa prise en charge, Adama témoigne : « Aujourd’hui, je marche à nouveau et surtout, j’ai repris mes activités. » Pour elle, pouvoir retravailler signifie aussi ne plus dépendre entièrement de sa famille.
Il y a aussi la petite Adis Faizatou, victime d’un accident à la naissance qui avait privé son bras de son usage. Sa mère raconte être arrivée au CMC en larmes, découragée par la situation de sa fille. Après la prise en charge et la rééducation, l’enfant a retrouvé progressivement la mobilité de son bras. Elle peut désormais saisir des objets et jouer avec ses frères. Dans la famille, le sourire a remplacé le découragement.
Adama, Adis et des centaines de patients chaque année incarnent la raison d’être du Centre de Kaya : permettre aux personnes en situation de handicap de retrouver autant que possible leur autonomie, sans que leurs moyens financiers ne soient un obstacle à l’accès aux soins.
Des dons en nature essentiels
Pour réaliser ces interventions, les compétences ne suffisent pas. Il faut aussi disposer des instruments et des implants adaptés.
La mission du professeur Wegrzyn a ainsi bénéficié du soutien de Medacta, une entreprise suisse spécialisée dans le développement, la fabrication et la commercialisation de dispositifs médicaux en orthopédie et en neurochirurgie, et de sa fondation. Medacta a mis à disposition une instrumentation chirurgicale et des implants orthopédiques nécessaires à la prise en charge des patients.
« J’en transportais une partie dans une valise pleine ! », sourit le professeur Wegrzyn.
Ce soutien philanthropique complète donc le travail de Morija et des équipes du Centre. Il permet aux professionnels locaux de développer leur expertise, tout en leur donnant accès aux moyens nécessaires pour la mettre en pratique.
Des compétences qui restent
Pour le professeur Wegrzyn, c’est précisément cette combinaison qui donne à la coopération sa portée durable. « Les compétences locales sont là », constatait-il après avoir découvert le CMC. Son rôle n’était donc pas de construire à partir de rien, mais d’apporter une pierre supplémentaire à un édifice déjà bien établi.
Les gestes appris, les discussions menées au bloc et les compétences transmises, eux, restent. Et c’est peut-être là que se mesure la réussite d’une mission : non pas au nombre d’interventions réalisées en quelques jours, mais à ce qui continue de vivre dans les mains de ceux qui restent.
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