Dans la zone de Bessada, au Tchad, les groupes d’épargne communautaire font désormais partie du quotidien. Deux femmes témoignent de ce que cette dynamique a changé pour elles, un à deux ans après que leur groupe a poursuivi son chemin sans l’accompagnement direct des équipes de Morija.
Eulalie Robyei vit avec son mari et ses cinq enfants. Aînée d’une grande fratrie, elle a quitté l’école en classe de troisième après la mort de son père. « Il fallait aider ma mère », dit-elle simplement. Comme beaucoup ici, sa famille dépend de l’agriculture, mais les récoltes ne suffisent plus. « Avec le climat, on ne sait plus sur quoi compter ».
Quand le groupe a commencé dans son quartier, elle hésite peu. Une première caisse commune se forme, puis une seconde, plus proche de chez elle : le groupe Mouhana Haziz (« s’unir pour aller loin »). Les réunions sont hebdomadaires, avec des petites cotisations mises en commun et des prêts internes pour faire face aux urgences.
L’épargne au service des familles
Ce que Eulalie retient surtout, ce sont les formations pratiques. Elle commence à transformer des produits locaux : savon, huile, bouillies enrichies. « Avant, j’achetais tout. Maintenant, je produis une partie moi-même ».

Dans sa maison, cela change beaucoup de choses. L’huile sert à la cuisine, au commerce, mais aussi à l’usage quotidien. « On ne dépend plus totalement du marché pour tout ». Les dépenses ont diminué, surtout dans une année où les récoltes ont été mauvaises.
À quelques villages de là, Rosalie Roimta raconte un parcours différent, mais des défis similaires. Mariée et mère de quatre enfants, elle a quitté l’école tôt, faute de moyens. Elle aussi vit du petit commerce et de l’agriculture, dans un contexte où « l’argent circule difficilement ».
Elle rejoint un groupe nommé Yankimadje (« quelque chose de bien ») après une réunion dans son village. Là aussi, l’épargne collective devient un point d’appui.
Des compétences qui changent l’avenir
Rosalie parle surtout d’un apprentissage précis : l’élevage des petits animaux. « Avant, mes chèvres erraient. Je ne faisais pas attention ». Après la formation, elle construit un enclos, organise l’alimentation, surveille mieux ses animaux. Aujourd’hui, ils se reproduisent davantage et deviennent une source régulière de revenus et de nourriture.
Une partie des récoltes et des ventes sert à payer la scolarité des enfants. Une autre permet d’acheter des condiments, de soutenir la famille pendant la soudure.
Les deux femmes évoquent aussi les prêts internes du groupe. Même si le but premier est le soutien d’activités génératrices de revenus, une petite somme peut exceptionnellement être empruntée pour une urgence, un soin, une rentrée scolaire, puis remboursée progressivement.
Eulalie résume ce que ces groupes ont apporté : « On se comprend mieux dans la famille. Et je peux aider mon mari quand il faut rembourser un prêt ». Rosalie, elle, voit plus loin : « J’aimerais que d’autres villages en bénéficient. La pauvreté, ça se propage vite. L’épargne, aussi ».
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